04/08/2023

Luttons contre les violences sexistes et sexuelles

"Nous, joueuses d'échecs, entraîneuses, arbitres et dirigeantes avons subi des violences sexistes ou sexuelles, qu’elles soient verbales, écrites ou physiques, perpétrées par des joueurs d'échecs, entraîneurs, arbitres ou dirigeants."
C'est comme cela que commence la lettre ouverte postée ce jeudi 03 août sur Twitter sur le compte @nousjoueuses et rédigée dans un premier temps par 14 des meilleures joueuses d'échecs françaises. 

À l'heure où j'écris cet article, c'est-à-dire le lendemain, on peut déjà compter 50 signatures, dont la mienne, et cela ne va sans nul doute continuer à augmenter.  

Depuis des années, nous entendons des débats sur pourquoi il y a peu de femmes aux échecs et comment faire pour leur donner envie de jouer. Voici notre réponse :
"Nous sommes convaincues que ce harcèlement et ces agressions sont encore aujourd’hui l’une des principales raisons de l’arrêt du jeu d’échecs par des femmes et jeunes filles, notamment à l’adolescence."
Chacune a son histoire à raconter et ses propres séquelles à surmonter. Certaines ont arrêté de jouer, d'autres ont continué de par leur amour pour ce jeu. J'ai moi-même été sur le point d'arrêter pour ces raisons quand j'avais 20 ans en 2015-2016. 
"Face à ces violences, nous nous sommes tues trop longtemps. Or, se taire revient à porter seule le poids de la honte. Trouver les mots et le courage de les prononcer peut demander du temps, mais nous croyons que c’est nécessaire et salvateur.

Aujourd’hui, nous prenons donc la parole et nous encourageons toutes les joueuses à dénoncer les violences subies."
J'applaudis et remercie sincèrement ces joueuses qui ont fait le premier pas pour publier cette lettre. Cela fait quelques années que j'essaie de m'exprimer et de m'impliquer sur ce sujet. Mais toujours de manière trop discrète car seule, il est difficile de se faire entendre, d'être crue et de changer la donne. De plus, comment mener ce combat de front quand on doit en parallèle apprendre à être en paix psychologiquement avec soi-même ?

Alors il est temps de se soutenir et de parler toutes et tous ensemble !
"Pour que la peur et la culpabilité changent de camp. Pour que les auteurs de ces violences ne puissent plus agir en toute impunité. Pour que les joueurs, entraîneurs, arbitres, dirigeants et parents bienveillants aient conscience de l’ampleur du problème et puissent faire partie de la solution. Votre vigilance, votre soutien et votre fermeté sont essentiels."
J'en profite pour remercier également la Fédération Française des échecs et quelques Ligues (notamment la Ligue de Bretagne et la Ligue du Grand-Est) qui ces dernières années agissent petit à petit sur ce sujet ô combien difficile mais crucial. 
"La Fédération Française des Echecs a mis en place des ressources disponibles sur leur site ainsi qu’une procédure de signalement au Ministère des Sports accessible via le site de l'association Colosse aux pieds d'argile."
  • Si tu es concernée ou concerné, sache qu'il n'y a pas que toi. On est là, on te soutient. Alors, parles-en. Ce n'est pas de ta faute. Tu as le droit de demander de l'aide.
    Tu ne sais pas à qui en parler, voici des contacts qui peuvent t'accompagner : http://echecs.asso.fr/Actu.aspx?Ref=13116

  • Si vous êtes parents, n'hésitez pas à aborder le sujet avec vos enfants. Ils ont peut-être des choses sur le cœur qu'ils ne savent comment exprimer d'eux-mêmes. Peut-être ne voudront-ils pas en parler avec vous par honte, par peur de vous rendre triste, pour vous protéger, par crainte d'être grondés ou de ne pas être crus. Ou bien parce qu'ils ne comprennent pas encore ce qu'ils ont vus ou vécus.  Informez-les et donnez-leur les contacts au cas où. 

  • Si vous dirigez un club, n'ayez pas peur d'informer et de sensibiliser sur ce sujet. Cela ne fera pas fuir les adhérent.e.s, au contraire ! Tout le monde se sentira plus en sécurité et les auteurs de ces violences ne pourront plus agir impunément si vous mettez en place des actions concrètes. Vous pouvez commencer par mettre en évidence des affiches et les contacts. Pensez également à vérifier l'honorabilité des intervenants du club.

  • Si vous entraînez, n'hésitez pas à aborder ce sujet avec vos élèves. Dites-leur que vous êtes disponible pour les écouter. Prêtez attention aux remarques et comportements de chacun.e. Si vous le pouvez, je vous encourage à vous former sur ces sujets. 

  • Si vous arbitrez, prêtez attention aux remarques et comportements des spectateurs, joueurs ou autres arbitres. Vous avez le droit, et même le devoir, de sanctionner un joueur pour manquement à la charte du joueur d'échecs. Vous avez le droit de refuser ou d'expulser un spectateur. 

  • Si vous accompagnez, signalez tout comportement qui vous semble suspect, n'hésitez pas à aborder le sujet avec les enfants et autres adultes. Montrez-vous disponible et à l'écoute.
"À toute personne ayant subi des violences sexistes ou sexuelles, nous voulons dire : Tu n’es pas seule. On te croit. Nous serons là pour toi."
À 11 ans, je suis entrée en club d'échecs et j'ai débuté les tournois. Dès lors, j'ai subi des violences sexistes chaque année jusqu'à aujourd'hui. J'ai commencé à en prendre conscience vers mes 15 ans mais je ne l'ai vraiment compris qu'à mes 20 ans. 

Entre mes 18 et 25 ans, j'ai subi plusieurs violences sexuelles dans le monde des échecs et j'ai arrêté de compter celles qu'on m'a racontées. 

Je m'appelle Hélène Ruhlmann, j'ai 28 ans, je suis joueuse et entraîneuse d'échecs.